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les poemes de Serge Duigou

 

Vegetaciones


 Ecoute

Ecoute la rumeur nacrée surgit au fond des âges

Les indicibles vibrations rescapées de l’en-deça du temps

Voici que montent et sourdent les telluriques palpitations de la vie

                                                                 qui s’ébroue

Qui crève les bulles de silence

Qui se repend et qui murmure

Qui s’émerveille

Et qui perdure

 

La terre est en gésine d’ébranlements

Et de parure

 

Ecoute la croitre et prospérer

En arbres symphoniques

En oratorios parasols

 En bourgeonnements d’arpèges printaniers

Fibres efflorescentes

Gargouilles feuillues

Multitudes sigillaires

Racines invétérées

Flamboyants ivres

 

Ecoute

La terre s’ébouriffe

S’éclate jusqu’au sanglot

 

Ecoute

Le temps a une odeur

Le chaos se fait musique

 

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Los Libertadores


Et l’homme surgit

Des cicatrices de la terre

Des éclaboussures du soleil

Des convulsions du vent

Des éboulis de lave, erratique et brulante

 

L’homme naquit de la vague féline

 

Et fut rejeté sur le sable

Hagard

 

C’est alors qu’il vit l’arbre

L’arbre feu ardent

Couleur percaline du solstice d’été

 

L’homme tituba

Epuise de combats sans merci

L’angoisse poisseuse au ventre

L’œil tétanisé par le spectacle las

De l’espoir qui s’écaille

 

Mais l’arbre s’imposa, magnifique,

Arbre de la fulgurance

Qui danse la nuit au cœur des forets boréales

Avec de grands éclats de rire

A fissurer les citadelles

 

Les veines de l’homme se gonflèrent de sève

Le vent d’autan gronda dans sa chevelure

Et la terre se couvrit de mille mains foliées

Qui pailletaient de confettis d’argent

Les étoiles

 

 

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La United Fruit Co.

 

Le monde chavira

Et l’homme fut un clown pour l’homme

 

Le clown

Tira la langue

L’homme tua

De sang froid

Interdiction absolue de ne pas rire

On a ri comme des fous

 

Le clown, les yeux bandes

Mais le rictus avantageux

Tua

Au hasard

Joli coup, plusieurs morts

Obligation d’applaudir très fort

Les mains liées derrière le dos

 

Le clown parada devant mille clowns au garde-à-vous

Les milles clowns tuèrent

Cartonnèrent

Plastronnèrent

Le clown fit dresser des statues de clown à tous les carrefours

Rebaptise Place de sa Clownerie

De sa clownerie flatulente première du nom

Prière express fut promulguée

De saluer les statues

Avant les repas

Midi et soir

Pendant cinq jours, pendant vingt jours, pendant cent jours

 

Il fallait rire

Aux éclats

Aux larmes

A en pleurer

 

C’était à mourir de rire

 

 

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America  Insurrecta


‘’Le monde a changé et ma poésie a changé.

Une goutte de sang tombée sur ces lignes

Demeurera vivantes  en elle, indélébiles,

Comme l’amour.

 

La parole de Neruda s’est prise dans le filet

Des Météores. A leurs pieds, Mikis Theodorakis

Ecoute un chant familier. Angeliki, fille

De la montagne, entonne des kleftika

L’écrasante beauté de la Grèce se voile

Dans une mélopée nostalgique. On dirait que

La plaintive mélodie a traverse les plateaux

D’Anatolie et s’est écorchée à leurs rocailles.

 

Mais dans Yaros et Leros, les mouches

Insultent le réel.

 

Theodorakis perçoit alors comme un tumulte

                                                                Immense. Les cris des Araucans ont chevauché

Les vents planétaires jusqu'à l’Arcadie.

Antigone prête l’oreille aux rythmes haletants

Des Patagons. Le dieu Pan tombe en arrêt

Devant l’efflorescence végétale la jungle

Pacifique

La voix d’Angeliki se fait trille : elle appelle

 a l’alanguissement a l’heure de l’ouzo

 

Dans Yaros et Leros, les mouches polluent

La lumière soudain trop crue.

 

Le chant innombrable du Canto General emplit

L’air de ses hautes flammes. Les mouches

 s’affolent. Angeliki sent comme une sente

s’inscrire et sinuer sur son front.

 

Quant elle leva la tête, le soleil sembla moins

Faux, moins honteuse la mer turquoise

 

Le grec magnifique avait magnifie le poème

Jusqu’à l’incandescence.

 

Demain, si nous voulons, des pays

Encore murés se désengourdiront,

Et le chant de l’alouette striera l’espace

Jusqu’au confins de la tendresse

 

 

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