Vegetaciones
Ecoute
Ecoute la rumeur nacrée surgit au fond des âges
Les indicibles vibrations rescapées de l’en-deça du temps
Voici que montent et sourdent les telluriques palpitations de la vie
qui s’ébroue
Qui crève les bulles de silence
Qui se repend et qui murmure
Qui s’émerveille
Et qui perdure
La terre est en gésine d’ébranlements
Et de parure
Ecoute la croitre et prospérer
En arbres symphoniques
En oratorios parasols
En bourgeonnements d’arpèges printaniers
Fibres efflorescentes
Gargouilles feuillues
Multitudes sigillaires
Racines invétérées
Flamboyants ivres
Ecoute
La terre s’ébouriffe
S’éclate jusqu’au sanglot
Ecoute
Le temps a une odeur
Le chaos se fait musique
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Los Libertadores
Et l’homme surgit
Des cicatrices de la terre
Des éclaboussures du soleil
Des convulsions du vent
Des éboulis de lave, erratique et brulante
L’homme naquit de la vague féline
Et fut rejeté sur le sable
Hagard
C’est alors qu’il vit l’arbre
L’arbre feu ardent
Couleur percaline du solstice d’été
L’homme tituba
Epuise de combats sans merci
L’angoisse poisseuse au ventre
L’œil tétanisé par le spectacle las
De l’espoir qui s’écaille
Mais l’arbre s’imposa, magnifique,
Arbre de la fulgurance
Qui danse la nuit au cœur des forets boréales
Avec de grands éclats de rire
A fissurer les citadelles
Les veines de l’homme se gonflèrent de sève
Le vent d’autan gronda dans sa chevelure
Et la terre se couvrit de mille mains foliées
Qui pailletaient de confettis d’argent
Les étoiles
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La United Fruit Co.
Le monde chavira
Et l’homme fut un clown pour l’homme
Le clown
Tira la langue
L’homme tua
De sang froid
Interdiction absolue de ne pas rire
On a ri comme des fous
Le clown, les yeux bandes
Mais le rictus avantageux
Tua
Au hasard
Joli coup, plusieurs morts
Obligation d’applaudir très fort
Les mains liées derrière le dos
Le clown parada devant mille clowns au garde-à-vous
Les milles clowns tuèrent
Cartonnèrent
Plastronnèrent
Le clown fit dresser des statues de clown à tous les carrefours
Rebaptise Place de sa Clownerie
De sa clownerie flatulente première du nom
Prière express fut promulguée
De saluer les statues
Avant les repas
Midi et soir
Pendant cinq jours, pendant vingt jours, pendant cent jours
Il fallait rire
Aux éclats
Aux larmes
A en pleurer
C’était à mourir de rire
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America Insurrecta
‘’Le monde a changé et ma poésie a changé.
Une goutte de sang tombée sur ces lignes
Demeurera vivantes en elle, indélébiles,
Comme l’amour.
La parole de Neruda s’est prise dans le filet
Des Météores. A leurs pieds, Mikis Theodorakis
Ecoute un chant familier. Angeliki, fille
De la montagne, entonne des kleftika
L’écrasante beauté de la Grèce se voile
Dans une mélopée nostalgique. On dirait que
La plaintive mélodie a traverse les plateaux
D’Anatolie et s’est écorchée à leurs rocailles.
Mais dans Yaros et Leros, les mouches
Insultent le réel.
Theodorakis perçoit alors comme un tumulte
Immense. Les cris des Araucans ont chevauché
Les vents planétaires jusqu'à l’Arcadie.
Antigone prête l’oreille aux rythmes haletants
Des Patagons. Le dieu Pan tombe en arrêt
Devant l’efflorescence végétale la jungle
Pacifique
La voix d’Angeliki se fait trille : elle appelle
a l’alanguissement a l’heure de l’ouzo
Dans Yaros et Leros, les mouches polluent
La lumière soudain trop crue.
Le chant innombrable du Canto General emplit
L’air de ses hautes flammes. Les mouches
s’affolent. Angeliki sent comme une sente
s’inscrire et sinuer sur son front.
Quant elle leva la tête, le soleil sembla moins
Faux, moins honteuse la mer turquoise
Le grec magnifique avait magnifie le poème
Jusqu’à l’incandescence.
Demain, si nous voulons, des pays
Encore murés se désengourdiront,
Et le chant de l’alouette striera l’espace
Jusqu’au confins de la tendresse
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